Nicole Vatin-Pérignon (1934-2026)
Vice-présidente de la Société « La Haute-Auvergne
Nicole Vatin-Pérignon, vice-présidente de la société de la Haute-Auvergne depuis 2011, et qui fut également présidente de l’association des Amis du Patrimoine de la Haute-Auvergne, vient de nous quitter.

La cérémonie religieuse a eu lieu le vendredi 6 mars à 14h, en l’église de Champagnier (Isère)
Un hommage lui a été rendu le lundi 9 mars à 14h30, en l’église de Chambres, du Vigean.
Née Nicole Parjadis de Larivière en 1934, elle a partagé sa vie, et une partie notable de son activité de chercheuse et de son engagement associatif, entre la Haute-Auvergne où elle avait ses racines –à Chambres (Le Vigean) et Trizac – et l’Isère d’où était originaire son mari, Philippe-Yves Vatin-Pérignon, épousé en 1960 et décédé en 2024
Sa carrière scientifique avait débuté au tout début des années 1960 dans le champ de la pétrographie volcanique, discipline alors en plein renouvellement méthodologique. Si elle a consacré son diplôme d’études supérieures (1963) à une étude géologique du massif cristallin du Grand-Chatelard (Savoie), c’est essentiellement sur le massif du Cantal qu’ont porté alors ses travaux, en collaboration notamment avec R. Michel et A. de Goër de Herve. Elle y étudiait les caractères pétrographiques et pétrochimiques des séries mio-pliocènes, les ordanchites et roches affines, les structures volcano-tectoniques (mise en évidence d’une fosse d’effondrement), et les gisements pegmatitoïdes. Sa thèse, Pétrographie et minéralogie des roches volcaniques et description géologique de la partie centrale du massif du Cantal (359 p.), a été soutenue à l’Université de Grenoble en 1966, et Nicole Vatin-Pérignon a rapidement intégré le CNRS, où elle a été la première femme à intégrer le laboratoire de géologie alpine. Elle présida à ce titre la section grenobloise de l’Association française des femmes diplômées des universités (AFFDU).
À partir de la fin des années 1960, son centre d’intérêt se déplace vers les Alpes occidentales (Écrins-Pelvoux, Versoyen, domaine pennique). Elle participe aux débats sur la nature des ophiolites alpines, les processus de spilitisation, la signification géodynamique des filons basiques. La collaboration avec T. Juteau et P. Le Fort montre son intégration dans les réseaux actifs de la tectonique des plaques, alors en pleine structuration théorique. Son travail sur le lithium dans les spilites (1977, Geochimica et Cosmochimica Acta) avec D. M. Shaw marque une montée en puissance dans la géochimie des éléments traces, avec publication dans une revue internationale majeure.
Les années 1980 marquent la concrétisation de son ancrage international. Nicole Vatin-Pérignon, directrice de recherche au CNRS et collaborant avec l’ORSTOM, s’implique dans les grands programmes autour de la géodynamique andine. Elle travaille sur le Nevado del Ruiz (Colombie) ; le Solimana et l’arc volcanique sud-péruvien, les ignimbrites d’Arequipa, le volcanisme néogène du Chili central. Les thématiques dominantes des recherches auxquelles elle participe concernent le magmatisme calco-alcalin de subduction, la contamination crustale, le fractionnement magmatique, la géochimie des terres rares, les datations (K/Ar, traces de fission), les interprétations géodynamiques globales (subduction andine). Elle participe également à la réalisation de la Carte volcano-tectonique du Piton de la Fournaise (1982) et à celle de la Carte géologique de la France (Murat, 2001) publiée par le Bureau de recherches géologiques et minières. Entre 1974 et 1992, elle dirige plusieurs thèses à l’Université de Grenoble, portant sur le volcanisme tholéiitique alpin, la tectonophysique des édifices volcaniques (notamment à La Réunion), les complexes alcalins alpins, les magmatismes filoniens.
À partir des années 2000, la retraite venue, Nicole Vatin-Pérignon s’investit largement dans l’animation d’associations et la vulgarisation scientifique, dans ses deux « petites-patries ». En Isère, elle est élue en 2005 au 24e fauteuil de l’Académie delphinale, qu’elle préside de 2012 à 2014. Désormais très présente en Auvergne, également, elle prend de 2002 à 2017 la présidence de l’association de Amis du patrimoine de la Haute-Auvergne, active par ses ateliers autour du patrimoine mobilier, ses Cahiers monographiques publiés à compter de 2006, et la remise annuelle depuis 2002 du prix Brigitte-Mézard récompensant des actions de conservation-restauration ou de sécurisation. Membre du conseil d’administration de la Société « La Haute-Auvergne » et du comité de lecture de sa revue avant de devenir vice-présidente au titre de l’arrondissement de Mauriac en 2011, elle livre régulièrement, à partir de 2007, lorsqu’est lancée la collection de dossiers « petites régions », des articles de vulgarisation scientifique donnant les clés de lecture géologique d’un territoire : Caldaguès, vallée de la Jordanne, Carlat, région d’Arpajon, planèze de Cézens-Pierrefort, Xaintrie, Cézallier, région de la Doire, bassin de Maurs, pays du Veinazès, Châtaigneraie occidentale. Elle apporte également cette expertise à d’autres associations (Amis du Vieil Allanche) ou à l’occasion de rencontres d’initiative institutionnelle, comme celle sur la Xaintrie initiée par les archives départementales de la Corrèze et du Cantal en 2009, ou l’accueil du prince Albert II de Monaco en 2014.
Le parcours de Nicole Vatin-Pérignon est celui d’une femme qui a su briser les plafonds de verre de la recherche académique de son temps pour devenir une chercheuse de renommée internationale, mais qui a aussi veillé, par son engagement associatif, à rendre l’histoire de la Terre accessible à toutes et tous et à valoriser et protéger le patrimoine de ses deux petites patries, l’Auvergne et le Dauphiné.



